(A. P. Hawzah) L’un des sermons les plus célèbres et les plus profonds de l’Amir al-Mu’minîn Ali (que la paix soit sur lui) est le « sermon de Hammâm ». Hammâm, l’un de ses compagnons, demanda à l’Imam de lui décrire les hommes pieux comme s’il les voyait. L’Imam marqua d’abord une certaine réticence à répondre ; mais devant l’insistance de Hammâm, après avoir loué et remercié Dieu et envoyé la prière sur le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur Lui et sur Sa famille immaculée) il commença ce sermon. On a rapporté que Hammâm, après l’avoir entendu ce sermon rendit l’âme.
فَالْمُتَّقُونَ فِيهَا هُمْ أَهْلُ الْفَضَائِلِ: مَنْطِقُهُمُ الصَّوَابُ، وَمَلْبَسُهُمُ الِاقْتِصَادُ، وَمَشْيُهُمُ التَّوَاضُعُ
Les hommes pieux y sont les gens des vertus : leur parole est juste, leur vêtement et leurs dépenses sont marqués par la modération, et leur démarche est faite d’humilité.
1. « مَنْطِقُهُمُ الصَّوَابُ » ; une parole fondée sur la vérité
L’homme pieux est celui dont la parole repose sur la vérité, la sincérité et la pondération. Il ne parle ni sous l’empire du caprice, ni ne souille sa langue par la calomnie, la médisance et les propos futiles.
Dans un différend entre deux amis, l’homme pieux dit la vérité sans parti pris ni favoritisme, même si elle ne sert aucun des deux ; il vérifie avant de relayer une information vue sur les réseaux sociaux, et ne porte pas atteinte à la réputation d’autrui par un simple « j’ai entendu dire » ou « on dit que » ; il garde également la mesure dans la plaisanterie : une plaisanterie contenant offense ou mépris ne saurait émaner de lui.
2. « مَلْبَسُهُمُ الِاقْتِصَادُ » ; la modération dans la vie
La taqwâ ne se limite pas à l’adoration ; elle se manifeste aussi dans la nourriture, l’habillement, les dépenses et le mode de vie. L’homme pieux ne fait ni excès ni rigorisme excessif dans la consommation.
L’homme pieux achète des vêtements selon ses besoins et ses moyens, non par ostentation ou pour rivaliser avec les autres ; lors d’une réception, il ne dresse pas une table dont la moitié serait jetée, ni ne se montre si parcimonieux que l’invité en éprouverait de la gêne ; dans les achats quotidiens, il concilie qualité et capacité financière : ni endettement pour le luxe, ni avarice à l’égard des besoins réels de la famille.
3. « مَشْيُهُمُ التَّوَاضُعُ » ; l’humilité dans le comportement
La démarche et le comportement social de l’homme pieux sont empreints d’humilité. Il ne se déplace pas parmi les gens avec orgueil et sentiment de supériorité. Cette humilité n’est pas seulement apparente ; elle se manifeste aussi dans ses rapports avec autrui.
Dans une assemblée, sans insister pour occuper la place d’honneur, il respecte les aînés ; il traite l’ouvrier, le domestique, le chauffeur ou le vendeur avec le même respect qu’une personnalité en fonction ; si sa parole est contestée en public, il ne répond ni par l’agressivité ni par le mépris : il écoute et discute avec calme ; il fait également preuve d’humilité dans les espaces numériques : il ne répond pas avec véhémence, ne se présente pas comme supérieur aux autres et évite de mépriser son interlocuteur.
Pourquoi ce sermon est-il important ?
Dans la perspective de l’Imam Ali (a.s.), la taqwâ n’est pas seulement « l’abstinence du péché » ; elle est une force spirituelle qui préserve l’homme du danger du péché et de ce qui contrarie la satisfaction de Dieu, et qui le pousse à accomplir Ses commandements. L’homme pieux place continuellement ses actes, ses paroles et son comportement sous surveillance. C’est pourquoi l’Amir al-Mu’minîn a qualifié la taqwâ de « chef de l’éthique ».
Le sermon de Hammâm n’est pas une simple description théorique des hommes pieux ; il constitue un modèle pratique de vie, afin que l’homme mène une existence équilibrée, fondée sur la vérité, l’humilité et la responsabilité. En réalité, la taqwâ introduit l’ordre et la justice dans la vie d’ici-bas et empêche la violation des droits des personnes ; dans la vie dernière, elle est la meilleure provision et le meilleur viatique pour l’homme




Votre commentaire